Snob

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oscar-wilde
Source: blog.bookstellyouwhy.com

Longtemps le vin a été l’apanage de l’élite. La populace se contentait d’une vinasse inférieure, parfois infecte, alors que les bien-nantis avaient le privilège de se délecter le gorgotton de libations exquises et capables de durer dans le temps. Le vin était synonyme de standing social.

Avec la globalisation du marché et l’ineffable marche de la démocratisation du vin via, entre autres, l’explosion des médias sociaux, peut-on toujours dire que le vin est objet de convoitise, inducteur d’un rang social?

Pense que oui, moi. Comment reconnaît-on cet état de fait? Tout objet de convoitise, toute pensée élitiste sera adoptée sans confession par un groupe de gens qui aspire à une reconnaissance « bon marché » d’un statut auquel il ne peut qu’aspirer, n’ayant pas cumulé de richesse, qu’elle soit matérielle ou intellectuelle, qui puisse non pas justifier, mais à tout le moins permettre à ce groupe d’accéder à ces ornements de l’ego.

Je parle ici des snobs. On reconnait un objet apte à faire miroiter un certain statut social à la propension qu’ont les snobs à le convoiter, voire à l’adopter sans mesure.

Mais est-ce là ce qu’il suffit de pointer pour identifier le snob? Non, il y a plus que cela: le snob exprime aussi un mépris envers ce qui n’est pas l’objet de convoitise. Il regardera le reste de haut. Comment cela s’applique-t-il au vin? De plusieurs façons, sous plusieurs déclinaisons de personnages.

Source: salon-litteraire.com

Source: salon-litteraire.com

D’abord, on a le buveur d’étiquette: celui qui aura vanté la quille avant de l’avoir débouchée. Il déguste rarement à l’aveugle, car il ne voudrait pas être pris au piège à descendre une cuvée de son vigneron-fétiche, ou encore à apprécier le vin fait par l’un de ses anciens collègues dans la shed en-arrière. Il ne désire être vu qu’en compagnie de la Romanée-Conti.

Il y a aussi Barbe Bleue, ou celui qui encave. Il n’a jamais tâté du nectar qu’il achète, mais parce qu’on lui a dit de l’acheter, ou parce qu’il a vu quelqu’un de bien fringué en acheter, il va lui aussi en acheter, et le mettre dans sa cave. Parce qu’il n’a pas un cellier, il a une cave. J’en ai dans ma cave. Je commence à manquer d’espace dans ma cave. Bref, il n’achète des bouteilles que pour se permettre de les nommer. Généralement, ce sont là les mêmes gens qui finissent par faire un tour au poste de police communautaire, portant un paletot gris et rien d’autre.

Puis il y a la goberge. Ce poisson sans goût qui prend la saveur qu’on veut bien lui laisser absorber. Il se colle au premier mouvement qui passe, durable ou non, pourvu qu’il surfe une vague subversive (tiens, comme le vin nature qui, bien qu’il soit là pour rester, ne demeure que marginal), et se forge une identité sérigraphiée de ce mouvement, toisant le reste avec condescendance et fatuité.

En termes simples: il se la pète. Comme, solide.

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Source: sogides.com
Source: sogides.com

Dans son plus récent opus, intitulé « Le vin snob », le célébrissime Jacques Orhon, grand orateur du vin au Québec et de par le monde, a décidé de pourfendre le snobisme autour du vin, en nous rappelant avec sagesse que l’on fait tout de même dans le jus de raisin fermenté et qu’il n’y a pas de quoi s’en faire un royaume. Personne n’est épargné dans cet essai, la valeur monétaire démesurée de certains grands vins, le vocabulaire pompeux et trop souvent hermétique des chroniqueurs vin, la dictature des notes, la snobellerie (ce magnifique mot-valise qui dit, avouons-le, tout), les ayatollahs du nature, les vedettes qui s’improvisent vignerons. Orhon montre patte humble en se passant lui-même au tordeur à l’aide de l’une des innombrables anecdotes qu’il a à partager sur ce monde qu’il côtoie depuis maintenant près de quarante-cinq ans.

Un livre qui saura plaire à un vaste public, du néophyte qui aspire à connaître un peu mieux ce monde qui a tendance à se replier sur lui-même, jusqu’au plus avisé des connaisseurs qui rira, tantôt de bon coeur, tantôt jaune, selon qu’il se reconnait ou non dans les caricatures esquissées par messer Orhon.

ORHON, Jacques, Le vin snob, Éditions de l’Homme.

swordfou
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