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Source: philreid.com
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À en juger par les articles de Noël déjà disponibles dans les Dollarama, l’automne approche. Et qui dit automne dans le monde des trippeux de vin dit il-est-temps-de-regarnir-sa-cave-de-bulles. La globalisation du marché du vin a fait en sorte d’ouvrir la voie à une multitude de vins effervescents dont la qualité et, surtout, le prix fort abordable, aurait tôt fait de mettre le champagne à mal, n’eut été de la solide réputation de ce breuvage classique, forcément associé à la célébration. Mais si le vin mousseux originel n’a pas semblé, de l’extérieur, souffrir de cette nouvelle concurrence, dans la réalité, il en est tout autrement. En fait, la situation de la région de la Champagne est assez unique et, il faut l’admettre, problématique: les prix sont déjà axés sur le marché de luxe, et donc difficiles à augmenter, et l’offre, elle aussi, est quasi impossible à faire grimper. Le CIVC a même déterminé, il y a de cela quelques années, de nouveaux axes d’intervention qui, selon elle, allaient garantir la place du champagne dans les vins de luxe, tout en lui permettant d’espérer une certaine croissance. Dans les lignes qui suivent, nous regarderons en face le problème de la Champagne, et les solutions qu’elle tente d’y apporter. Comme quoi ça n’est pas parce qu’on est au sommet qu’on peut s’asseoir sur ses lauriers.

ÉLARGIR LA SURFACE DE PLANTATION?

Le principal problème de la Champagne est de subvenir à la demande croissante sans compromettre la qualité du produit. Il existe deux divisions du territoire en Champagne: il y a d’abord l’aire délimitée, qui correspond à la zone géographique sur laquelle on peut produire du champagne; puis il y a la zone de production, qui correspond à la surface plantée en vigne et sur laquelle les chais de vinification et d’élevage se trouvent. Pourquoi faire la différence entre l’un et l’autre? Simple: pour préserver l’identité du produit.

Les deux principaux types de sols sur lesquels les vignes de Champagne poussent sont la craie et la marne du Kimméridgien (même sol qu’à Chablis). Or, ces sols ne sont pas présents sur toute la région champenoise. Le plus bel exemple de cela est la Vallée de la Marne, ce « v » presque parfait qui zigzague de Paris à Épernay le long de la rivière; sur le bord du cours d’eau, les sols alluviaux ne sont pas plantés en vigne, mais le haut des coteaux, où une ligne crayeuse est tapie sous une couche de sol de natures variées, on trouvera des ceps de pinot meunier principalement, avec du chardonay et du pinot noir ça et là. Produire du raisin dans les sols de bord de rivière changerait trop la composition organoleptique des vins qui en seraient issus, alors non.

Source: overpassesforamerica.com
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Alors voici le hic: à l’intérieur même de l’aire de production, tout ce qui est craie ou kimméridgien est déjà planté en vigne. Pas de place pour autre chose. Alors pour produire davantage de vin, il faudrait augmenter le rendement plafond, ou encore réduire le poids-plancher de raisins admis pour produire un hectolitre de vin. Or, qui dit rendement élevé ou raisin pressé davantage dit moins bon jus, donc perte de qualité. Et ça, pour la Champagne, dans un marché de plus en plus compétitif (nous y reviendrons), il n’en est pas question.

La solution? Agrandir l’aire de production, et non seulement maintenir les limites actuelles de rendement et de pressurage, mais les rendre plus strictes, afin de ne faire aucun compromis de qualité. Depuis 2003, plus d’une quarantaine de communes qui se trouvent à l’intérieur de l’aire délimitée sont à l’étude afin d’être intégrées dans l’aire de production de champagne. Une étude géologique approfondie a été effectuée afin de déterminer si les sols sont de nature appropriée à la production de champagne. Quelques communes ont déjà reçu l’aval, et d’autres attendent, mais un embargo de trois ans est imposé à quiconque recevra l’assentiment du CIVC et de l’INOQ avant que la moindre vigne ne soit plantée. Ainsi, dans les prochaines années, il se produira juste un peu plus de champagne. Mais le problème ne s’arrête pas là…

Source: yournewswire.com
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DEMEURER AU SOMMET, RESTER COMPÉTITIFS

Malgré les limites géographiques auxquelles la Champagne fait face, elle a réussi à augmenter son volume de production du quart, sur une quarantaine d’années. Or, sur la même période, le prix du champagne, en moyenne, n’a augmenté que de moins de 5%. La raison est simple: beaucoup de pays, dont l’Australie, les États-Unis, l’Espagne et l’Italie, ont réussi à se faire une niche enviable sur le marché des vins effervescents, en produisant des vins à la qualité croissante, dont la majorité sont élaborés avec la méthode traditionnelle, originaire de Champagne, et ce à des prix ridicules comparativement à la région-phare. Ainsi, les vins effervescents hors-Champagne ont réussi à se bâtir une niche, volant la mise auprès des consommateurs désireux de souligner une occasion moindre, ou de célébrer plus modestement.

La Champagne a fait face à un choix: baisser ses prix et risquer de perdre son statut de produit de la niche luxueuse, ou maintenir le cap, en demeurant dans une tranche de prix supérieure, au risque de perdre des parts de marché si la qualité n’augmentait pas proportionnellement.

La réponse de la Champagne a été simple: le prix et la réputation de la Champagne doivent demeurer intacts. Ainsi, il fallait, une fois de plus, être davantage stricts dans les critères de production, tout en faisant une offensive massive de marketing pour maintenir l’image haut-de-gamme du champagne face à l’attaque des cava, prosecco et tutti quanti.

D’un autre côté, un lobby existe et manifeste le désir de voir la Champagne adopter un système de classification des crus semblable à celui de la Bourgogne, c’est-à-dire qu’au lieu de proclamer des villages premier ou grand cru, des parcelles précises et uniques dans leurs particularités seraient marquées de ces sceaux d’excellence. On peut facilement défendre l’idée qu’une telle classification, plus complexe et ciblée, permettrait à la Champagne de maintenir son statut sans trop d’efforts. Façon de parler, à tout le moins.

Peu de régions se débattent autant que la Champagne pour maintenir leur statut de vin de qualité supérieure. Bien différent de Bordeaux, où les lauriers sont depuis longtemps imprégnés de la marque du cul des plus grands. On dit que la chose la plus difficile est de demeurer au sommet lorsqu’on l’a atteint. La Champagne comprend cela, et bosse dur pour garder la tête de la course. Le jour n’est pas venu où elle se complaira à trinquer son succès à son propre jus.

swordfou
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