Le Lexiquirion

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Source: saq.com
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Longtemps sur ma tribune précédente, j’ai cassé du sucre sur le dos d’Yvan Quirion, d’abord parce qu’il était, à l’instar de celui qu’il remplace à la tête de l’AVQ, Charles-Henri de Coussergues, un ardent défenseur de la méthode préconisée pour faire du vin de glace au Québec, mais aussi parce que, trop souvent, son discours pour convaincre le consommateur d’acheter du vin québécois était obscur et contre-productif. Je trouvais qu’à force de parler de degrés-jours, de bourgeon primaire et de géotextile, il embobinait le consommateur peu aguerri et alimentait le scepticisme des connaisseurs. Une situation perdant-perdant, si tant est que la chose existe. Nous ne nous étions jamais rencontrés, et comme Yvan n’est pas sur les réseaux sociaux, il n’avait que des échos de ce que je disais sur lui. Tôt ou tard, nos chemins allaient se croiser, et ce fut le cas en mai, lors du lancement de ses cuvées au restaurant Chez Victoire à Montréal. On m’avait glissé à l’oreille qu’il avait des appréhensions face à notre rencontre. Je me suis dit qu’un contexte seul à seul serait mieux placé pour discuter de nos visions respectives, alors j’ai sauté sur l’invitation qu’il m’a faite ce soir-là d’aller le visiter à St-Jacques-le-Mineur, au Domaine St-Jacques, afin d’aller voir le Quirion dans son habitat naturel. Au menu, filet à moineaux, vignes, fromages, vins et un brin de bouette.

Aujourd’hui, en plus de faire état de certains vins du domaine que j’ai pu goûter, j’ai envie de vous faire un bref lexique du discours d’Yvan Quirion, afin de vous aider à bien voir que 1), il connaît son affaire et 2), bien que son discours soit peut-être parfois nébuleux, il n’est peut-être que teinté d’une passion bien intentionnée.

Allons-y, d’accord?

LES DEGRÉS-JOURS

Source: Huffington Post

Source: Huffington Post

Les degrés-jours sont une unité de mesure relativement complexe qui permet d’évaluer la quantité relative de chaleur imputable à l’ensoleillement sur une région donnée pendant une période précise. Une température de référence est établie, et toute journée dont la température fluctue par rapport à cette valeur-étalon est comptabilisée, positivement ou négativement, dans une donnée qui indique la quantité totale de chaleur obtenue par la région. Généralement, la période sur laquelle ces degrés-jours sont mesurés correspond au cycle végétatif d’une culture précise.

Yvan Quirion, quand il vante les mérites de son terroir à Saint-Jacques-le-Mineur, aime comparer les degrés-jours obtenus lors d’une année donnée à ceux d’une grande région vinicole, lorsqu’ils sont comparables. Vu les effets du changement climatique, c’est de plus en plus le cas. Tantôt Bordeaux, tantôt la Bourgogne, la tentation est là de faire la comparaison, n’est-ce pas?

Ceci dit, les degrés-jours, lorsqu’appliqués à la viticulture, sont une donnée parmi tant d’autres, et ne tiennent pas compte des températures hors cycle-végétatif. Dans le cas du Québec, les températures hivernales ont un rôle important à jouer dans l’état du vignoble et les cépages qu’il est possible d’exploiter sur ce territoire. Ainsi, quand on parle de degrés-jours au Québec, c’est à prendre avec un grain de sel; on a beau avoir autant de degrés jours que Bordeaux, le jour n’est pas venu où nous vinifierons un cabernet sauvignon qui kicke des culs.

LE BOURGEON PRIMAIRE

Sur ses tiges, la vigne produit des nodules, et dans ces nodules se trouvent trois types de bourgeons, appelés primaire, secondaire et tertiaire. Le bourgeon primaire produira les plus gros fruits et les plus belles grappes. Le bourgeon secondaire produit également des fruits, mais plus petit et de moindre qualité, car quand ces bourgeons sont appelés à produire le fruit, la saison de mûrissement commence déjà à raccourcir. Le bourgeon tertiaire, plus résistant au froid, ne peut quant à lui produire que des feuilles et ainsi assurer la photosynthèse.

Au Québec, le problème, vu les froids hivernaux, c’est de garder le bourgeon primaire en vie. Beaucoup y échouent et doivent compter sur le bourgeon secondaire pour leur fournir un fruit de qualité inférieure. D’autres assurent de bien protéger la vigne durant l’hiver en effectuant un buttage ou une dissimulation de la vigne, et tout le monde vous dira que sa méthode est la meilleure (je reviens là-dessus dans le prochain point du lexiquirion).

Lorsqu’Yvan Quirion vous parle du bourgeon primaire comme étant crucial à l’élaboration de vins de qualité au Québec, il a parfaitement raison. C’est le fruit le plus viable pour faire un bon vin. Cependant, c’est aussi le genre d’information qui passe par-dessus la tête du consommateur lambda. Ce qui est intéressant pour le consommateur, c’est ce qui se trouve dans la bouteille, et s’il n’en tient qu’à Quirion, il attribue tout son succès avec la conservation du bourgeon primaire à un item en particulier…

Source: omafra.gov.on.ca
Source: omafra.gov.on.ca

LE GÉOTEXTILE

Si vous avez déjà refait un drain français, ou du terrassement, ou si vous êtes agriculteur, ou si vous avez un méchant weird de fétiche sur le polyester tressé, vous connaissez le géotextile.

Lorsque la saison froide s’annonce, les vignerons québécois vont « butter » leurs vignes, c’est-à-dire qu’ils vont les coucher au sol, puis les recouvrir, le plus souvent de terre, parfois même de neige, car la température de la neige n’est pas dommageable pour le plant et, fait à ne pas négliger, elle a des vertus isolantes.

Yvan Quirion, lui, a choisi le géotextile. Pour faire court et simple, il couvre ses vignes couchées d’une membrane de géotextile pour l’hiver. La membrane a aussi des vertus isolantes et lui permet, même par les grands froids, de protéger les bourgeons de la vigne du gel et de la mort. En deux jours, ses quinze hectares de vigne sont couverts, car l’opération est partiellement mécanisée: des appareils étendent la membrane là où c’est nécessaire, et des travailleurs la consolident pour l’hiver.

Est-ce que cette méthode est plus efficace qu’une autre? Beaucoup en débattent, et chacun a sa façon de faire. Ce qui compte, c’est que pour le Domaine St-Jacques, ça fonctionne. D’ailleurs, Yvan Quirion a fait quelques adeptes de cette stratégie parmi ses collègues… pendant que d’autres la décrient. « Je me suis fatigué de me quereller », me dit Yvan Quirion, « je préfère respecter ce que mes collègues font, ce qui marche pour eux, et moi, je fais mon affaire. On compétitionne contre 15 000 produits de par le monde (Note: en référence au catalogue de produits offert par la SAQ et l’importation privée), vaut mieux mettre nos énergies sur ce que l’on a à offrir. »

Le discours d’Yvan Quirion avait toujours peiné à me convaincre, jusqu’à ce moment-là, où il a pointé l’une des plus grosses difficultés auxquelles le vignoble québécois doit faire face: la compétition internationale. Si le climat s’améliore tranquillement, et si l’expertise, lentement, se tourne vers nos terroirs, il reste que beaucoup de chemin reste à faire pour convaincre le consommateur de boire ce qui est fait chez lui. Mais il se trouve que peut-être, enfin, Yvan Quirion est parvenu à trouver les bons mots et, encore plus important, à laisser parler ses vins.

swordfou
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