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Voici venu le temps d’un autre rendez-vous avec mes lecteurs, avec leurs questions et autres inquisitions sur le vin at large. Je pige dans ma poche de malle, et je tente, le mieux que je le peux, de répondre à vos interrogations sur le monde du vin. C’est toujours un plaisir d’échanger avec vous sur le vin, alors n’hésitez pas à me faire parvenir vos questions via la page de contact, que vous trouverez dans le menu à gauche de cet article.

Cette semaine, on va se poser des questions sur ce qui constitue un vin « moderne »; quelqu’un m’a aussi posé une question sur la correlation entre le millésime et le prix: pourquoi un vin plus vieux n’est pas nécessairement plus cher qu’un vin plus récent?

Pour terminer, on cherche un vin qui peut vieillir sur une période bien spécifique…

Lançons-nous, vous voulez bien?

Source: motherearthliving.com
Source: motherearthliving.com

Herménégilde, de Sorel, nous écrit:

En tant que Trésorier du Club des Pas Pires Grosses Bouteilles de Sorel, je suis en charge d’aller faire les achats pour nos dégustations. Nous suivons des thématiques simples, mais nous aimons aussi les recommandations des conseillers de la SAQ. Immanquablement, quand j’aborde un conseiller à propos d’un vin, il me dit que ce vin est probablement trop de facture « moderne » pour mon palais. Est-ce mon habit de fortrel ou la marque de bronzage de mon tastevin exhibée à l’échancrure de ma chemise qui trahit mon goût pour les choses classiques? Je ne sais trop. Mais ma question est la suivante: c’est quoi, un vin moderne, clisse?

Source: wineterroirs.com
Source: wineterroirs.com

Cher Herménégilde, ne laissez pas des conseillers de la SAQ commentez votre tenue vestimentaire ou votre bronzage, c’est trop 1970. Le monde et les temps changent, et les opinions et les goûts aussi. D’ailleurs, si vous voulez vous amuser aux dépens des conseillers de la SAQ, cherchez sur Internet un exemple de l’uniforme qu’ils avaient à porter à une certaine époque… Mais revenons à votre question: qu’est-ce qu’un vin moderne? Cette idée s’est installée dans le jargon du vin avec la montée des vins du Nouveau Monde, c’est à dire de pays qui ne compte tout au plus que sur un ou deux siècles de tradition vinicole.

Pour le bien de l’explication, généralisons un peu: dans l’Ancien Monde, le respect de la tradition et du terroir, du concept de la « Grâce de Dieu » dans la viticulture mène à des vins qui sont représentatifs non seulement de leur cépage, mais aussi de leur provenance et de l’époque où ils ont été élaborés (je reviendrai sur l’effet millésime dans la question du prochain lecteur). Les pays qui ont jeté leur pavé dans la mare plus tard, n’ayant pas cette longue tradition à respecter, ont été plus enclins à embarquer sur le train des techniques oenologiques, afin de donner des vins plus expressifs, quasi-libres de toute influence géologique ou millésimale. Deux pays ont un rôle très important à jouer dans le modernisme du vin: la Nouvelle-Zélande, avec son développement de la vinification en inox, et l’Australie, pour à peu près tout le reste.

Les vins modernes, parce que soumis à des techniques qui n’étaient pas, du moins jusqu’à y a pas si longtemps, utilisées dans les pays de l’Ancien Monde, se distinguent par leur extraction, leur concentration, leur densité de matière. Beaucoup plus joufflus, souvent avec des tannins sculptés dans le cas des rouges, avec un fruité intense parfois autographié d’une bonne dose de chêne neuf bien grillé, les vins modernes n’expriment plus grand chose d’autre que leur cépage, ce qui ne les empêche pas d’être bien faits et souvent très agréables à boire, surtout avec un repas. Passant plus inaperçus dans les pays du Nouveau Monde, ils servent d’éléphant dans la pièce dans les pays de l’Ancien Monde; Bordeaux a son lot de vins modernes, revisités de façon oenologique. Essayez-en un, un de ces quatre, pour voir si ça vous plaît; mais assurez-vous de ne pas en renverser sur votre beau suit en fortrel, et mettez plutôt un beau costard italien la place.

Benoît, d’Outremont, nous écrit (une fois de plus…):

Bonjour Somm’Fou! C’est encore moi, il faut croire que je prends goût à vous accorder de la pertinence!

J’aurai encore chez moi cette semaine des amis réunis et je voulais faire une dégustation comparative de certains millésimes d’un même vin. Or, le vin que j’ai choisi a un millésime 2012 plus cher que le millésime précédent, le 2011… Qu’est-ce à dire? Il est sûrement meilleur, non? Ne devrait-il pas en être autrement, sachant que l’autre a pris de l’âge? Dans quelle entourloupe mercantile me suis-je empêtré?

Merci d’encourager les p’tits producteurs, Benoît, toujours apprécié. En fait, il ne faut pas trop vite sauter aux conclusions par rapport au prix d’un vin ainsi qu’à sa qualité relative vis-à-vis un autre vin d’un millésime différent. Plusieurs facteurs peuvent expliquer que le prix d’un millésime plus récent soit supérieur à celui d’un vin d’un millésime précédent. D’abord, comme vous vous en doutez, il se peut que ce vin plus jeune soit de qualité supérieure en raison d’une récolte plus avantagée par les éléments: les raisins ont pu atteindre une maturité optimale, offrant ainsi une matière première de choix pour l’élaboration du vin. Donc, le producteur peut demander une prime sur ce succès dans son prix d’entrée, et cette prime se répercute sur le prix payé par le consommateur.

Mais le prix peut aussi être plus élevé pour la raison contraire: un millésime difficile, marqué par des intempéries qui ont ravagé une partie de la récolte, peut être vendu plus cher pour compenser les pertes encourues en raison des aléas de la météo. Par contre, il faudra que le peu de raisins récoltés soient suffisamment sains et de bonne qualité pour quand même faire un bon vin. Finalement, ce vin peut aussi faire l’objet d’un attrait nouveau, soit parce qu’il a obtenu, grâce aux millésimes précédents, des scores et des critiques dithyrambiques, ou encore s’agit-il peut-être du dernier millésime de cette cuvée particulière, d’une cuvée anniversaire, ou de la dernière cuvée élaborée par un vigneron disparu. Bref, ça ne veut pas nécessairement dire que ce millésime est meilleur que l’autre, mais c’est possible.

Source: chateau-mouton-rothschild.com
Source: chateau-mouton-rothschild.com

Richère, de Joliette, nous écrit:

Bonjour, Somm’Fou, je suis en processus d’adoption depuis un an. J’attends mon petit poupon sur une liste d’attente dont on me dit qu’elle pourrait durer quatre ans. Donc, mon enfant à venir n’est peut-être pas encore né. Ceci dit, j’aimerais pouvoir lui acheter une bouteille millésimée de son année de naissance. Si jamais il/elle naissait cette année, je voudrais que la bouteille puisse se garder 18 ans… Mais comme il/elle pourrait faire son entrée dans la vie dans quatre, il faudrait aussi que la bouteille puisse durer au moins 22 ans… Me suivez-vous? Bref, que me conseillez-vous? Merci!

Source: drinks.seriouseats.com
Source: drinks.seriouseats.com

Premièrement, Richère, désolé pour votre prénom; vous avez sûrement eu une enfance difficile… Mais revenons à votre question: je crois que vous ne devriez pas aborder la question avec autant de rigueur et de précision. En effet, les fenêtres de vieillissement sont des concepts plutôt vagues et élastiques; l’important, c’est de choisir un vin élaboré par une maison de qualité, avec un cépage reconnu pour traverser les époques. Le cabernet sauvignon, le nebbiolo, le riesling, la syrah, pour n’en nommer que quelques uns, pourront satisfaire à votre désir que le vin vieillisse, que ce soit 18 ou 22 ans. Assurez-vous, toutefois, de vous procurer ce vin chez un producteur de renom. Ainsi, pas de surprise le jour venu d’ouvrir ce flacon avec votre poupon devenu(e) adulte.

Finalement, il est plus ou moins important que le vin vieillisse exactement 18 ou 22 ans: ce qui importe, c’est que vous marquiez l’année de naissance de votre enfant en achetant le millésime approprié. Si votre enfant est né en 2014, allez-y pour ce millésime-là. Cependant, gardez un oeil sur les tableaux de millésimes élaborés par les grandes publications sur le vin de ce monde, Jancis Robinson, The Wine Advocate, Wine Spectator ou l’un des guides du vin disponibles sur notre marché vous procureront possiblement cette information (ou pas, achetez le bon!). Ne lésinez surtout pas sur le prix, et procurez vous le meilleur vin disponible pour l’occasion, car elle est importante. Santé!

swordfou

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