Jess.

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Source: jessicaharnois.com
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Ça faisait longtemps que je voulais vous jaser de Jessica, celle que je surnomme affectueusement la porte-parole de TOUT. Éduc’Alcool, Trudeau, la Fête des Vendanges, les Cours SAVORI, Vins au Féminin, le café Barista qui porte son nom… Dans le fond, ça semble beaucoup, mais Jessica insiste qu’elle fait des choix: « Ce sont des causes et des produits dans lesquels je crois, je ne m’embarque pas avec n’importe qui, n’importe quand. »

Et c’est avec ce même esprit qu’elle s’est lancée dans l’aventure d’une ligne de vins, qui porte le nom de Bù. Elle insiste sur ce fait, car pour elle, il était important que le vin ne soit pas commercialisé explicitement sous son nom: « Il y a les Chartier et les Ricardo au Québec qui peuvent faire cela. Moi, je ne suis pas une célébrité… » At large, peut-être, mais il n’en demeure pas moins que dans le cercle du vin au Québec, vous serez bien mal pris de trouver quelqu’un qui ne connaît pas Jessica Harnois. Ce qui est frappant quand on a la chance de connaître Jessica Harnois davantage, c’est sa facilité d’approche; quand elle jase affaires, c’est une personne sans compromis, une brasseuse féroce à qui tout réussit. Mais au bout du fil ou en face à face, elle est d’une humilité désarmante; elle fut l’une des premières « pros » à m’approcher pour me dire qu’elle aimait ce que je faisais, du temps où je travaillais avec un TRS-80 et une imprimante à roues dentées, le genre d’encouragement que l’on est prêt à prendre à la pelle quand on commence.

Et voilà qu’elle se lance elle aussi dans l’aventure de sa propre ligne de vins, vendus à la fois en épiceries et en SAQ. Elle insiste toutefois pour préciser qu’elle se fout de l’étiquette qu’on donne à ses vins, même si, au Québec, le vin d’épicerie porte un stigmate péjoratif. « Ce que j’ai fait avec ces vins, c’est remplir un besoin. On se demande pourquoi les gens, alors qu’ils ont accès à des succursales SAQ partout au Québec, continuent d’acheter du vin en épicerie; il y a une composante intimidante pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas d’aller en SAQ, l’impression élitiste est encore là. Quand on étudie bien le genre d’achats que les gens font, ils ont des besoins précis: des vins pas chers, fiables, qui vont leur en donner pour leur argent. »  Le collègue Frédéric Arnould, sur son site Tout sur le Vin, parlait aussi de la notion de « one-stop-shop »… Mais pourquoi Jessica se lance-t-elle dans cette aventure maintenant? En fait, ce projet de lancer des vins, même si c’est son dernier-né, est probablement celui qu’elle mijote depuis le plus longtemps.

Source: huffpost.com
Source: huffpost.com
Source: popcerise.com
Source: popcerise.com

Souvent déçue par ce qu’elle goûtait en épicerie, des vins qu’elle jugeait trop maquillés, elle a voulu offrir des vins honnêtes, transparents et ouverts: « les trois vins de la gamme sont tous en-deçà de cinq grammes de sucre résiduel par litre. On n’essaie pas de gommer le vin, on veut quelque chose de bon d’entrée de jeu, qui n’a pas besoin d’artifices. »

Et de la même manière qu’elle s’est donnée, de son propre aveu, des insomnies et des tremblements à force de goûter des cafés pour lancer le sien avec la maison de microtorréfaction Barista, Elle a goûté des lots et des lots de vins, sur place, entourés de trois oenologues, afin de s’assurer de faire le meilleur choix possible: « je ne suis pas oenologue, et mon équipe a su me mettre au défi. Ceci dit, quand je goûte, je sais ce que je fais, et je le fais rigoureusement. » En effet, l’ancienne acheteuse de grands vins pour la SAQ est méticuleuse dans son approche, allant même jusqu’à regoûter les lots qu’elle avait choisis, une fois arrivés au port de Montréal. Certains lots ont dû d’ailleurs rebrousser chemin.

Au départ, elle prévoyait offrir un blanc et un rouge, mais un deuxième rouge est venu s’ajouter au lot. Mais pourquoi l’Italie, et pourquoi « Bù »?

Menfi  in provincia di Agrigento - Sicilia.Vendemmia
Menfi in provincia di Agrigento - Sicilia.Vendemmia

« Simple: je capote sur l’Italie. En termes de rapport qualité/prix, dans la tranche que je visais, c’est un pays imbattable. » En effet, l’Italie a de quoi faire en termes de vins de qualité à prix doux. Jessica a aussi bien choisi ses repères. Dans les Marches, elle est allée chercher un pur sangiovese, un cépage classique et évocateur pour le palais québécois. En Sicile, elle s’est amusée à assembler un nero d’avola, cépage qui fait son chemin dans le conscient buveur de la Belle Province, a du merlot frais, en légère sous-maturité, afin de donner une perspective nouvelle à ce raisin emblématique de la Sicile.

Finalement, dans les Pouilles, Jessica a déniché un chardonnay bourru, dont elle a arrondi une partie dans le chêne, et l’a assemblé à un cépage un peu plus nerveux, le fiano, encore un fois pour ajouter de la perspective au résultat final.

Pour ce qui est de la marque, Bù, Jessica est claire: « je voulais un nom qui évoque le moment, l’action. Je n’ai pas choisi de faire des vins de garde (quoique le sangiovese, selon moi, peut faire un bout de chemin), mais plutôt des vins qui se consomment dans le moment présent. »

L’entente de Jessica pour la commercialisation des vins de cette gamme lui donne carte blanche. Rêve-t-elle de lancer d’autres vins dans cette série? A-t-elle la piqûre? « Pas tant la piqûre de faire des vins que de démocratiser le vin… Alors peut-être pourrais-je offrir, dans le futur, un cava? Un bordelais bio? Un chardo et/ou un pinot noir de la Bourgogne? »

Laissons-la mijoter ces idées pour l’instant. Car c’est là la principale force de Jessica Harnois: c’est une idéatrice. De son propre aveu: « Quand j’ai une idée en tête, je ne l’ai pas ailleurs! » Il se suffit de lui parler cinq minutes pour sentir ce flot d’énergie créatrice vous envahir. Bref, elle donne le goût de patenter des trucs à tout le monde, et à moi avec, comme si j’avais bien besoin de ça, un peu moins de temps dans ma vie. Lui parler de ses projets futurs, c’est entrer dans un maelström de trous qui ont besoin d’être remplis, d’idées qu’on aurait aimé avoir avant elle. C’est pour ça que ça marche si bien, pour Jessica. Elle sait identifier les besoins et subvenir.

Mais les vins, vous me dites? Comment sont-ils? Bande de curieux! Pour ce qui est de ses trois nouveaux bébés, vous pourrez trouver mes notes de dégustation ici à droite.

swordfou
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