bof

 •  0 Comments

By

Source: leguidevert.com
Source: leguidevert.com

Il y a de cela quelques années, dans mon petit carré de sable de blogue, je défendais haut et fort la libéralisation du commerce interprovincial du vin au Canada. La loi C-311 a été adoptée à l’unanimité par la Chambre des Communes du temps de Harper, pelletant dans la cour des provinces la responsabilité de voir comment ils allaient faire marcher ça. Ça a pris du temps, tellement que je me suis écoeuré d’en parler.

Puis est venu cette conférence où les provinces ont échangé sur le commerce interprovincial non seulement du vin, mais de plein d’autres patentes. Le Journal de Montréal en avait profité pour m’interviewer et mal me citer, me pensant de la même école de pensée que Frédéric Laurin-deux-trois et Marc-André Gagnon, du démagogue site Vin Québec. On me demandait si les pourparlers m’enthousiasmaient, et si l’idée de pouvoir enfin acheter du vin canadien m’enchantait.

Je leur ai dit que j’en achetais déjà, qu’il était déjà possible de le faire, soit en personne, soit par le truchement d’une agence d’importation privée au Québec, car, fait que vous ne savez peut-être pas, cher lecteur, mais la plupart des vignobles canadiens sont représentés au Québec. Pas tous, mais un bon paquet. Mais cela étant dit, j’ai aussi mentionné qu’à choisir, je préférais acheter directement du producteur, parce que le prix n’était pas sujet à la majoration québécoise et l’argent revenait directement au vignoble. On a renversé cette idée pour me faire dire que l’importation privée, c’était de la marde. Ça m’apprendra. Mais bon, le JdM a fait amende honorable et a retiré cette citation.

Ce que j’ai aussi dit, mais qui n’a pas été mentionné dans l’article, c’est que je ne fondais pas beaucoup d’espoir dans ces discussions, que des premiers ministres qui se jasent d’affaires qu’il n’ont à toutes fins utiles jamais touchées, ça ne donne pas souvent de bons résultats. Qu’on pouvait mettre sa montre dans le magot que les monopoles allaient s’en tirer avec leur part du gâteau. J’ai aussi précisé que ça n’était pas la chose à faire. Ça’été coupé au montage, faut croire.

Puis, très peu de temps après cette entrevue, l’entente est tombée: notre Petit Castor national Philippe Couillard, flanqué des premières ministres de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, est venu annoncer que les Québécois pourraient désormais acheter du vin canadien en ligne.

Bon, s’il s’arrête de parler là, ça va et je ne me peux plus. C’est une victoire inespérée. Mais non, ses lèvres ont continué à bouger: on allait pouvoir le faire, je vous laisse deviner, par le truchement de la SAQ.

Source: Ici Radio-Canada
Source: Ici Radio-Canada

Et donc, la SAQ allait ramasser sa majoration. Ce à quoi j’ai dit: bof.

Bof parce que, pour la simple raison de cette condition, l’entente est vouée à l’échec. Bof parce que les vignerons hors-Québec ne trouveront aucun intérêt à faire affaires en ligne avec les Québécois de la sorte, car pour demeurer compétitifs, ils devront prendre une plonge sur leur prix départ chai (leur prix d’entrée), afin que le prix de la bouteille au bout de la transaction soit comparable à celui d’une bouteille d’ailleurs et de même calibre. Bof parce qu’il n’y a absolument rien de profitable dans cette entente pour les vignerons canadiens, qui font déjà bien peu affaires avec la SAQ pour les mêmes raisons citées plus haut.

Bref, bof.

Je l’ai répété longtemps sur mon ancienne tribune: à partir du moment où tous les pays avec lesquels nous avons une entente commerciale parviennent à vendre du vin chez nous, mais que nous peinons à leur vendre le nôtre, tant que les pays vinicoles boiront leur propre jus avant tout autre, monopole ou pas, je pense qu’il faut mettre nos culottes. Essayez de trouver du Cave Spring en France, ou du Blasted Church en Italie.

Les pays vinicoles de ce monde sont morts de rire. Il s’en trouve même pour mettre des taxes encore plus prohibitives que les nôtres sur le vin étranger, histoire de s’assurer qu’on achète le produit national avant.

Source: crunchmeme.com
Source: crunchmeme.com

Tout cela a des répercussions sur le reste; comme je le disais, le modèle, tel qu’il est proposé, coupe une partie significative du montant obtenu par un vignoble. Ce montant, qui ne revient pas au vigneron, ne peut être investi dans le développement de l’entreprise, l’achat d’équipement, l’embauche d’expertise, et j’en passe… Alors, ne revient-il pas au gouvernement de subventionner son industrie, afin de l’aider à se développer?

Ben voilà, le libre-échange et les lois du commerce international préviennent ce genre de choses. Et pourtant, d’autres pays appuient leur agriculture at large, appuyant au passage les vignerons, et s’en sortent en rigolant et en se caressant la barbe. Pendant ce temps, nous, parce que l’on a décidé de faire passer la vente d’alcool par notre gouvernement, on ne peut pas faire ci, faire ça, gna gna gna.

Alors, le problème, c’est le monopole, vous croyez?

Si on se fie aux lois internationales, oui, le problème est là. Par contre, je ne vois pas en quoi un tel monopole est différent d’une disposition protectionniste qui taxe tout produit étranger à outrance à son entrée dans un pays, tout en lui permettant d’être transigé librement, et on ne fait pas chier ces nations-là pour autant. Bref, il faut revoir le modèle et s’assurer que l’on ne pénalise pas notre produit national par nos propres taxes.

Non, les amis, nos raisins ne sont pas libres. Pas encore.

swordfou
About the Author

Related Posts

Jess.

Source: jessicaharnois.com Ça faisait longtemps que je voulais vous jaser...

Source: sommfou.com On connaît tous un « renippeux ». Quelqu’un qui...

Flexibulles

Source: philreid.com À en juger par les articles de Noël déjà disponibles...

Leave a Reply