Aligote-moi

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Source: regimea.com
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Saviez-vous que le Québec est le premier marché mondial consommateur d’aligoté après la France? C’est probablement ma faute. J’adore l’aligoté. Ce côté juteux qui fait tirer la langue vers le ciel, à la recherche de la gorgée suivante, cette salinité subtile des herbes de bord de rivière, cette belle acidité vibrante et joueuse… L’aligoté, maintenant plus que jamais, sort de l’ombre du kir, dont il est l’ingrédient de base.

Alors que d’autres interprofessions ont choisi de faire le chemin inverse et de soumettre leur vin aux soins des mixologues, le BIVB, lui, profite d’une recrudescence d’intérêt pour l’aligoté en tant que tel en France, c’est-à-dire en-dehors du kir, pour tenter de consolider ce mouvement et redonner à l’aligoté sa place dans le paysage bourguignon. Le bureau s’est intéressé aux chiffres d’exportation de l’aligoté et a constaté que le Québec était sa terre d’accueil hors France. On est venu faire déguster le cépage au Québec, tout en cherchant sur quoi se basait cette popularité. En tout, une douzaine de cuvées ont été proposées, mais nous y reviendrons plus tard. Parlons d’abord de ce cépage qui est tout aussi à sa place en terres burgondes que le chardonnay ou le pinot noir.

Établissons tout de suite que l’aligoté est un cépage très réactif à son terroir, tant en termes de rendement que d’expression organoleptique. Il pourra fournir plus ou moins de raisins selon l’endroit où il pousse, tout en exprimant cet endroit de manière précise, à l’instar de son grand frère le pinot noir. Car oui, l’aligoté et le pinot noir sont parents. À tout le moins cousins, le pinot noir étant une mutation génétique du pinot, ce dernier ayant servi de parent à l’aligoté, avec le gouais blanc.

Source: plantgrape.plantnet-project.org
Source: plantgrape.plantnet-project.org

Il est alors étonnant qu’un cépage si apte, et surtout béni de se trouver sur des terres si riches en histoire et en complexité, demeure à l’ombre. Bon, vous me direz: c’est l’ombre du chardonnay et du pinot noir. Peut-être, mais le fait demeure que l’aligoté mérite amplement qu’on s’y attarde, que l’on se perde en contemplations dans ses saveurs d’acacia, de citron, de noisette et de pêche blanche, que l’on lance son nez à la quête de sa touche herbacée bien en retrait…

L’aligoté répond également bien à un élevage sous bois, pourvu, et c’est mon humble avis, qu’il soit raisonnablement dosé. Son fruit n’est pas exubérant, sans être discret, et il ne s’acoquine pas bien avec l’apport d’une barrique, particulièrement si elle est neuve. Il pourra bénéficier d’un séjour en bois usagé, voire neutre, pour gagner en structure, mais il faut faire gaffe que le bois ne contribue pas trop de saveurs qui viendront gêner le cépage dans son expression.

Source: beachpointprocessing.com
Source: beachpointprocessing.com

Mais que servir avec l’aligoté? Quelles circonstances se prêtent à sortir l’aligoté de votre cellier? Pour moi, l’aligoté est le vin de canicule par excellence. Il fait chaud pas possible? Vous avez de la sueur qui percole sous votre sein? Vous transpirez rien qu’à respirer? Il vous faut une bonne bouteille d’aligoté bien fraîche. C’est le remède par excellence pour vos coups de chaleur. La piscine s’accorde également très bien avec l’aligoté, parfois davantage que le rosé. Il s’accorde avec le homard, les bouchées de tartinades aux fruits de mer et la conversation grivoise. Les charcuteries pas trop assaisonnées, comme le jambon blanc, lui vont à ravir. Paraît aussi que les fameuses cuisses de grenouille (dites, amis français, z’en mangez encore, de la grenouille?) se marient très bien avec les charmes de l’aligoté, mais ne me prenez pas au mot, car je n’ai pas essayé l’accord et, comme il y a un bail que je n’ai pas tâté de l’appendice batracien, je ne peux dire que j’ai un véritable repère sur la question.

L’aligoté est à ce point qualitatif qu’un premier cru bourguignon, et à Morey St-Denis qui plus est, est élaboré à 100% avec le cépage aligoté En effet, le domaine Ponsot puise ses grappes d’aligoté du climat Clos des Monts Luisants. Partout ailleurs, le cépage doit se contenter, sans tort ou raison, d’une appellation bourgogne aligoté générique. Mais voilà que je vous parle d’une appellation générique comme si c’était de la merde. Nous sommes aux antipodes, frères et soeurs, car l’appellation ne fait pas le moine. Jugez-en par les notes de dégustation que voilà, à droite.

Merci à Sopexa et au BIVB pour cette occasion intime de découvrir l’aligoté. Vivement une belle journée caniculaire!

swordfou
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